À l'aube du futur

Pour une série d'articles intitulée "Le futur de la photo numérique", au bout de trois article je n'ai parlé que du passé et du présent, il est temps de tenter une approche prudente de l'avenir.

Prolongation des tendances

En prolongeant les évolutions techniques actuelles, nous pouvons supposer que les constructeurs ne vont pas révolutionner la forme des appareils, l'article précédent montrant d'ailleurs la réduction de la diversité intervenue dans les années 90. L'évolution se fera et se fait sur les couleurs et les assemblages de matériaux. Du métal chromé nous sommes passés au métal sombre granuleux bien répandu en haut de gamme, du plastique peint nous passons au plastique teinté dans la masse (Panasonic G1 disponible en noir, bleu et rouge). Métal peint, plastique caoutchouté ou nouveaux matériaux viendront maintenir l'obsolescence rapide du matériel entretenue par les évolutions de l'électronique embarquée.
La poursuite de la montée en puissance des processeurs permettra de traiter toujours plus d'information. Cette puissance de calcul devrait être utilisée pour améliorer la qualité des images, plutôt qu'à maintenir la réactivité de l'appareil avec des images de plus en plus lourdes.
D'ailleurs, les spécifications du Canon G11, annoncé hier, marquent peut-être la fin de la course aux mégapixels :

appareil G7 G9 G10 G11
année 2006 2007 2008 2009
mégapixels 10 12 15 10

Toujours est-il que les reflex haut de gamme ont fait de gros progrès sur la gestion du bruit en haute sensibilité, il serait temps de commencer à combler l'écart avec les compacts haut de gamme, toujours médiocres sur ce point. Outre la hausse de la puissance de calcul, la baisse du bruit numérique passera par l'intégration de capteurs plus performants (CMOS en place des CCD).
Le GPS finira bien par se généraliser, comme sur les téléphones, ainsi que les modules WiFi ou Bluetooth pour vider les mémoires sans fils.
Samsung a annoncé le 13 août 2009 le ST-1000 (CL-65 en Amérique), APN compact reprenant certaines de ces avancées. GPS, Bluetooth, WiFi, écran tactile de haute résolution, vidéo HD, reconnaissance des personnes (visages associés à un nom). En sa qualité d'outsider, Samsung tente de mener la danse au niveau de l'innovation, tout comme Casio avec ses APN filmant à grande vitesse.
Une étape supplémentaire serait, au-delà de la position par GPS et la reconnaissance des visages, utiliser ces technologies, couplées à une connexion au réseau mobile, pour accéder à des informations supplémentaires, comme la page Wikipédia d'un monument vu sur l'écran, avec recours éventuel à la réalité augmentée (informations superposées à l'image), comme le propose le concept de petitinvention exposé plus bas. Mais cela sera certainement plutôt du ressort des téléphones, plus accès communication que les APN qui sont sur l'aspect multimédia.
Il y a déjà des tentatives de réalité augmentée sur téléphone Android, c'est aussi en préparation côté iPhone.

Et chez les pros ?

La période est trouble chez les pros. La crise du secteur photographique (images amateur de bonne qualité facilement disponibles, presse papier sur le déclin), la crise économique et l'avancée technologique des appareils semi-pro mettent à mal les vaisseaux-amiraux des deux grandes marques. Les gammes semi-pro se peuplent d'appareils full-frame, sésame obligatoire pour le secteur pro.

Canon Nikon Sony
5D mkII 1Ds mkIII D700 D3X Alpha 900
mégapixels 21 21 12 24.5 24.6
images/s 3.9 3 ou 5 5 ou 8 5 3 ou 5
poids (g) 850 1385 1074 1260 895
prix (€)* 2475 6300 2175 6450 2300
L'offre full-frame (saurez-vous différencier les pros des semi-pros ?)
*Les prix sont indicatifs au 19/08/2009 sur Digit-Photo, données DPReview

De là à annoncer la disparition prochaine des gros reflex pros avec poignée verticale intégrée, il y a un pas que j'ai bien envie de franchir. En photographie numérique les meilleurs investissements se font sur les optiques de qualité et le matériel informatique nécessaire pour bien gérer, exploiter et sauvegarder ses images, ces gros boîtiers pourraient bien en souffrir.

Les systèmes modulaires

Bien que j'utilise le pluriel, je pense plutôt à un système modulaire en particulier, le système Scarlet/Epic de Red, déjà cité dans un précédent article. Cela concerne en priorité les professionnels du cinéma, suivis par les image geeks pétés de thunes.
Le principe est simple : chaque élément technique constitutif de la caméra est indépendant. Au centre se trouve le capteur, avec son électronique. On y ajoute une monture (format Red, format cinéma, Nikon ou Canon), un module de sortie (mémoire ou ports pour enregistrement externe), un viseur ou moniteur, poignée, batteries et accessoires de structure... Le système est vaste et promet une versatilité en droite ligne du matériel cinématographique classique.
Les capteurs sont dans le genre violent : du 2/3 de pouce au full-frame (24x36 mm), 645 (6x4.5 cm) et 617 (6x17 cm).
Bien entendu, le prix sera à la mesure des possibilités, de 2300$ (2/3") à 53000$ (617), capteur seul.

futur_red.jpg

Ce système modulaire a la capacité de faire indistinctement de l'image fixe ou animée, avec enregistrement de vidéo au format RAW, particulièrement intéressant pour les cinéastes. Quant à savoir si ce genre de matériel peut envahir le champ de la photographie "traditionnelle", cela dépendra beaucoup des usages que les pros vont lui trouver. Un exemple est fourni par les posters animés, destinés au web ou à l'affichage dynamique (les affiches de cinéma remplacées par un écran HD). La photo de studio est le domaine des moyen formats dont les dos numériques sont pour l'instant privés de vidéo.
D'ailleurs, l'annonce du système S (moyen format numérique dans la forme d'un reflex) par Leica, avec ses prix stratosphériques (voir ici et , lien en anglais) laisse plus que perplexe, il faut oser tarifer 400$ pour un chargeur de batterie. Contrairement aux moyen formats équipés de dos numériques, ce système fait l'impasse sur l'aspect modulaire, se contentant d'être un système reflex classique intégré à grand capteur (30x45mm).

Standardisation

Là aussi, les temps sont troubles. Si le secteur photo se caractérisait par une compatibilité ascendante importante (voir le cas de la monture F Nikon existant depuis 1959), entrecoupée chez certains par une rupture technologique (changement de monture lors de l'arrivée de l'autofocus chez Minolta et Canon, du numérique chez Olympus), le numérique a fait apparaître des sous-formats réduisant la compatibilité à l'intérieur d'une gamme. Chez les deux leaders, les capteurs de format APS-C ont fait apparaître des optiques dédiées (Canon EF-S et Nikon DX) incompatibles avec les boîtiers full-frame. Chez Olympus et Panasonic, la déclinaison Micro 4/3 du format 4/3 est partiellement compatible, les optiques 4/3 pouvant se monter sur les boîtiers m4/3 par l'intermédiaire d'une bague de conversion. Les capteurs restent, eux, de taille identique.
Si le secteur pro et semi-pro a poussé une avancée du format full-frame, sa généralisation ne semble pas probable, car la tendance opposée (les formats hybrides m4/3 et NX) existe.
Un autre enjeu de la standardisation est le format des fichiers. S'il est possible de convertir au fur et à mesure les RAW des générations successives d'appareils en DNG dit "universel", la multiplication des formats entraîne des complications pour les constructeurs eux-mêmes. A la sortie de son modèle Coolpix P6000, Nikon qui l'avait affublé d'un nouveau format RAW, le NRW, ne permettait que son traitement basique avec le logiciel fourni, le logiciel avancé de traitement des fichiers RAW, Nikon Capture, était incompatible. Comme je le précisais dans l'article Sauvegarde et archivage, quelques appareils font du DNG nativement (Ricoh, Leica et Pentax), les autres boudent.
Pour ce qui est du remplacement du JPEG par du JPEG XR (ex HD Photo de Microsoft), franchement, même si ça peut arriver, je ne vois pas ce que ça pourrait changer pour les photographes, webmasters... Le MP3 est le format de prédilection de la musique compressée malgré son âge, les fichiers issus de l'iTunes Music Store sont en AAC, qui en est gêné ?

La convergence

La revoilà. Avant de disparaître (éventuellement) dans les téléphones, les compacts ont quelques tours dans leur sac. C'est ce que veut faire croire Nikon avec son Coolpix S1000pj avec projecteur intégré.

futur_nikon-pj.jpg
Nikon Coolpix S1000pj

Déjà quand la tendance était à l'intégration de projecteurs dans les téléphones j'avais un doute, dans un APN ça se confirme. C'est bien joli de pouvoir technologiquement assembler des fonctions, encore faut-il que ce soit pertinent. Et là, je doute franchement. Si c'est pour afficher une image pâle, floue et tremblante, la tentative ne fera pas long feu. Si les projecteurs ont révolutionné les spectacles publics, trouvé leur place dans les Home Cinema et les vidéos, je ne suis pas convaincu de leur utilité dans un appareil mobile. Un projecteur mobile à associer à un appareil pourquoi pas, mais pas intégré.

L'énergie

Nous sommes passés des piles à la batterie Ni-Cd, puis Lithium, puis métal-hydrure et je ne sais quoi, bientôt la pile à combustible au méthane ou à l'eau ? Les recherches se poursuivent, plusieurs annonces prévoyaient l'année dernière l'apparition de cette technologie dans les téléphones pour 2010, mais ça n'a pas l'air de se bousculer pour l'instant, les annonces étant plutôt ciblées sur l'automobile qui focalise en grande partie les intérêts énergétiques.
A moins que Toshiba ne dise vrai...
Les appareils multimédia modernes sont des gouffres à énergie, un iPhone doit être rechargé pratiquement tous les jours. La question énergétique est cruciale, en autonomie comme en terme de rejets. Les constructeurs planchent sur la consommation plus que sur la capacité des batteries, ou bien font quelques tours de passe-passe comme Apple et ses batteries pour portables, ayant une plus grande capacité au prix d'être inamovibles.

Soyons fous

Pour terminer, jetons un oeil à quelques concepts tirés du blog petitinvention.
Si comme moi vous faites des photos lors des sorties à vélo, vous avez du remarquer que cela se résume souvent à un arrêt rapide, essoufflé, à califourchon sur le VTT. La visée à bout de bras prend ici toute sa valeur mais qu'en serait-il si l'APN se trouvait sur ou dans les lunettes, en délimitant le cadre à la main ?
Dans la même idée, je disais dans l'article Composition et cadrage que cadrer était poser un cadre sur ce qu'on devant les yeux. Ce concept, qui prend ici l'exemple à la lettre, est adapté à la recherche sur internet et peut s'appliquer à la prise de vue. La distance à laquelle on tient le cadre détermine l'angle couvert.

futur_tablette-petitinvention.jpg
Tablette transparente

Un autre exemple moins extrême est celui de l'APN cylindrique, où toutes les fonctions se commandent par des bagues le long du corps de l'appareil.

futur_one_focus.jpg
Reflex cylindrique

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