Annonce du système Pentax Q
Par Lionel le jeudi 7 juillet 2011, 20:49 - Technique photo - Lien permanent
Pentax a annoncé le 23 juin 2011 son entrée sur le marché des hybrides,
appareils sans miroir à optiques interchangeables, avec le Pentax
Q.
La caractéristique principale de ce système est d'être construit autour d'un
capteur de petite taille. Si les hybrides précédents étaient proches d'un
reflex sans la boîte à miroir, le Pentax Q est un compact à
optiques interchangeables.
Les hybrides à grand capteur vont chasser sur les terres des reflex d'entrée de
gamme, le Pentax Q va quand à lui se frotter aux compacts
haut-de-gamme comme les Canon G12, Panasonic
LX-5 et Olympus XZ-1.

On remarque immédiatement la taille minuscule de l'appareil, ainsi que son esthétique, disons discutable, réminiscente d'un ancien reflex Pentax argentique au format 110.
Le système
Pentax a annoncé un boîtier, le Q, cinq optiques et
quelques accessoires (viseur optique, filtre polarisant et paresoleils).
Le boîtier est construit autour d'un capteur de 1/2.3 pouces, ce qui est la
taille standard du capteur de la majorité des compacts, par opposition au
capteur plus grand des compacts évolués (1/1.7 ou 1/1.8"). La construction est
en alliage de magnésium comme ces derniers.
Le Q sera fourni à son lancement, prévu fin septembre 2011, en
kit avec une optique fixe équivalente à un objectif standard, et à un prix
estimé à 700€.
Les optiques présentées sont réparties dans deux séries, l'une sérieuse et
l'autre plus amusante. Deux de ces optiques se veulent des simulateurs
d'appareils argentiques bon marché et dans le vent comme les Holga,
Lomo et autres Diana. C'est ce qui explique leur appellation
(Toy Lens), leur faible ouverture et leur faible prix, l'optique doit
présenter par construction (et par absence de correction) les aberrations
typiques de ces appareils en plastique.
Il est à signaler que les optiques de la série Unique sont dépourvues
de certains perfectionnements de la série Haute Performance, comme le
diaphragme actif (il est fixe), l'obturateur central (le capteur de l'appareil
fait office d'obturateur), de filtre ND (filtre gris neutre réduisant la
luminosité) et de filetage pour des filtres externes.
Série Haute Performance
| Nom | Focale et ouverture | Monture | Prix |
|---|---|---|---|
| 01 Standard Prime | 47 f/1.9 | Métal | Uniquement en kit |
| 02 Standard Zoom | 27.5-83 f/2.8-4.5 | Métal | $300 |
Série Unique
| Nom | Focale et ouverture | Monture | Prix |
|---|---|---|---|
| 03 Fish-Eye | 17.5 f/5.6 | Plastique | $130 |
| 04 Toy Lens Wide | 35 f/7.1 | Plastique | $80 |
| 05 Toy Lens Telephoto | 100 f/8 | Plastique | $80 |
Mon avis
Le secteur de la photographie va en se concentrant et se segmentant. Sony a racheté Minolta qui avait racheté Konica, Ricoh vient de racheter Pentax (j'en reparlerai un peu plus bas), les reflex et compacts ont vu arriver les hybrides, la vidéo haute-définition, la technologie tactile des portables. Face à tout se remue-ménage, le photographe se retrouve avec une étendue de choix gigantesque, de quoi perdre son latin et éventuellement trouver son bonheur.
Si on peut trouver le Pentax Q mignon (surtout du fait de
sa taille), à 700€ ça risque de ne pas être un achat compulsif. Surtout pour se
retrouver avec un 50mm, c'est à la limite du sacerdoce. Au moins, si les
portables ont une focale fixe, c'est un grand-angle permettant de s'attaquer au
paysage et surtout à la photo à bout de bras.
À minima, cet appareil semble destiné aux amateurs avertis. D'ailleurs il est
amusant de constater que les commentateurs de l'annonce louent l'immense
culture photographique de Pentax, ce qui n'est pas à mettre en
doute, alors que Panasonic, constructeur fraîchement arrivé
dans la place, a lancé son hybride GF1 avec l'équivalent d'un
40mm ouvert à f/1.7. Au moment de me choisir un reflex j'avais d'ailleurs
hésité entre Pentax et Olympus pour
finalement choisir ce dernier, ce qui n'a pas été forcément ma meilleure intuition. En tout cas,
choisir un Canikon me semblait revenir à rouler en Renault ou en Peugeot.
Le Pentax Q serait donc destiné aux amateurs avertis, qui
ont déjà pas mal de choix possibles. En considérant un classement selon un
encombrement décroissant, nous trouvons les reflex de milieu-de-gamme, puis les
hybrides haut-de-gamme, les compacts évolués du genre Canon G
et les compacts du genre Canon S95 ou Olympus
XZ-1.
Il est possible d'obtenir de très bonnes images avec tous ces appareils, mais
pas dans les mêmes conditions, ni avec les mêmes contraintes. Les photos à
haute sensibilité ou avec des optiques inusuelles exigeront un reflex, tandis
qu'un compact évolué permettra de ramener plus d'images à l'improviste, si l'on
peut se contenter d'une qualité d'image ou d'une étendue de focale moindres. Un
choix d'appareil supplémentaire n'est pas une mauvaise chose, à condition qu'il
apporte un plus par rapport à ses concurrents.
Il est toujours d'actualité, malgré les progrès technologiques des capteurs, de
considérer que la qualité d'image va croissant avec la taille de ceux-ci. Mais
selon les priorités ou la pratique de chacun, la qualité d'image d'un compact
évolué peut être suffisante. Ne faisant pas d'images avec une haute
sensibilité, c'est mon cas. Mais on peut toujours se demander s'il est
préférable d'avoir un grand capteur ou bien un système d'optiques
interchangeables. En un sens, le Pentax Q est l'anti
Fuji X100.
Fuji X100
Le X100 est une des quelques tentatives de créer un compact
avec un cœur de reflex, un esprit de télémétrique ou du moins un viseur optique
avec surimpression d'informations (comme un afficheur tête haute d'avion). Un
peu comme l'Hexar
AF de Konica qui a marqué les esprits (dont le
mien) en 1993. Cet Hexar a eu en 1999 une déclinaison à
optique interchangeable, l'Hexar RF, le
transformant en une pseudo-copie de Leica M, d'ailleurs
compatible avec les optiques M. Il faut se souvenir que Konica
avait produit des optiques en monture M avant d'être racheté par
Minolta, qui avait lui-même réalisé le boîtier
CL en collaboration avec Leitz, puis le
CLE tout seul cette fois, ces deux boîtiers ayant une monture
M.
Si Fuji ne devrait pas se lancer dans la monture M,
plusieurs rumeurs le verraient bien se lancer dans les hybrides, voire une
version à optique interchangeable du X100, même si c'est
douteux. Car les compacts à capteur APS ont la vie dure. Ceux de
Sigma (DP1 et DP2) n'ont pas
convaincu, le Sony
R1 de 2005 n'a pas laissé de descendants, le plus récent Leica X1 n'a pas
soulevé les foules. Quand à lui, le Fuji X100 a engendré une
bonne dose d'enthousiasme de part sa magnifique construction, sa très bonne
qualité d'image et son viseur novateur. Par contre, le prix et l'interface
utilisateur approximative pilotant un firmware buggué ont pas mal refroidi les
observateurs espérant tenir là le compact performant idéal.
Pour en revenir au Pentax Q, le constructeur a donc supposé qu'il était plus intéressant de se démarquer des autres constructeurs d'hybrides en jouant la carte des optiques interchangeables plutôt que le gros capteur. J'avais remarqué lors de la sortie du système NX de Samsung, ancien partenaire de Pentax dans les reflex numériques (du moins les reflex Samsung étaient des Pentax rebadgés et réglés un peu différemment) que Samsung partait en solo dans les hybrides. Pentax était peut-être à ce moment-là en pleine réflexion sur le sujet ou bien sauvegardait ses capacités d'ingénierie pour la sortie de leur moyen-format 645D. En tout cas, ils semblent avoir choisi de ne pas se lancer dans l'hybride à capteur APS, sinon ils seraient restés en couple avec Samsung, comme Olympus avec Panasonic.
Imaginons quelques cas pratiques
- Vous aviez un appareil photo quelconque ou vous vous contentiez de votre téléphone, le monde merveilleux de l'appareil de plus à transporter vous tend les bras.
Selon vos aspirations et votre connaissance de l'embarras du choix vous pouvez mettre la main sur un compact, un hybride ou un reflex. Le Pentax Q a ici une chance d'attirer le chaland avec son gabarit, l'air sérieux de sa monture et l'amusement assumé de ses optiques Unique. Il devient possible de faire des photos de skate avec le fish-eye, des photos floues et colorées avec les toy lens, Pentax inventant le Lomo numérique à 700€. Côté Lomo numérique, les applications de photographie pour smartphones (comme Hipstamatic ou Instagram) seront le plus grand concurrent à ce genre de pratique avec le Pentax Q.
- Vous avez un système reflex suffisamment étendu pour ne pas avoir envie de vous en débarrasser tout de suite et souhaitez plus de légèreté et moins d'encombrement.
Si vous lorgnez sur un hybride à grand capteur vous ne pourrez pas
réutiliser vos optiques, sinon c'est que vous êtes un vicieux qui a un reflex
4/3. De toute manière le gain de volume deviendrait marginal.
Vous êtes mur pour le compact évolué, façon petit et discret (Canon
S95) ou panzerdivision (Canon G12,
Nikon P7000). Le Pentax Q peut être
intéressant avec ses optiques Haute Performance, mais il convient de
rappeler une constatation toute simple : les compacts ont une optique
rétractable, une optique équivalente sur le Q sera forcément
plus encombrante. Et si le S95 ressemble parfois à une
savonnette fabriquée par Canon, le Pentax Q
risque de causer quelques soucis aux personnes affublées de grandes mains et/ou
d'une mauvaise vue (petits boutons). Mais le plaisir et l'amusement (à nouveau)
d'utiliser un si petit appareil ayant tout d'un grand peut inciter à regarder
l'étiquette de prix de plus près.
- Vous avez déjà un hybride et vous voulez le changer.
Si vous avez une bonne raison vous n'avez pas besoin de mes conseils. Sinon gardez votre appareil.
Pourquoi un si petit capteur ?
Certainement d'abord pour des raisons de compacité puis pour se démarquer du
reste de la troupe des hybrides. Car a y regarder de plus près, seuls
Canon et Nikon (les deux leaders du marché)
n'ont pas (encore) présenté d'hybrides. Et Leica qui n'a pas
spécialement besoin d'hybrides quand il y a le M9, et qui
pourra toujours rebadger un Panasonic en cas de besoin de
gonfler les chiffres de vente.
Techniquement, le choix d'un capteur 1/2.3" a dû être imposé par la volonté
d'obtenir un boîtier vraiment plus compact que la concurrence, jusqu'à supposer
que l'on ait atteint un minimum de volume nécessaire pour caser l'électronique
et permettre une prise en main qui ne soit pas trop dégradée. L'inconnue étant
la qualité d'image permise par ce capteur, il ne faut pas s'attendre à quelque
chose de faramineux mais de simplement correct.
Un autre problème est celui des poussières. Plus le capteur est petit, plus les
poussières paraissent grandes. Un système spécifique est installé à ce propos
et même si c'est un système éprouvé (pas un simple mouvement du capteur mais
des vibrations ultrasoniques vraisemblablement du filtre d'anti-aliasing), le
problème est plus aigu que sur un capteur plus gros.
Et l'air du temps dans tout ça ?
En plus des tendances à la miniaturisation, l'hybridation, la convergence,
Pentax semble miser sur des pratiques photographiques à la
mode.
Au-delà d'une ergonomie très orientée photographie traditionnelle (pas d'écran
tactile mais des boutons), le Q propose des optiques
récréatives permettant de faire des images typées dans des styles branchés
(skate et autres sports extrêmes, lomographie). Si l'idée est séduisante, rien
de mieux que de proposer de s'amuser avec un appareil sérieux (mais qui n'en a
pas trop l'air), le problème des modes est qu'elles changent. La seule garantie
serait d'être celui qui décide des modes mais tout le monde ne peut pas être
Apple.
Pour enfoncer le clou, un autre style d'image bien en vue (pour combien de
temps encore ?) est constitué des images à bokeh, c'est-à-dire à fond
très flou. Si le bokeh est une composante de nombreux portraits qui
est embellie par certaines optiques, souvent exclusives, la dérive actuelle est
de faire des images uniquement pour le bokeh. Comme le flou
d'arrière-plan est favorisé par les grands capteurs, le Pentax
Q semble mal parti dans ce domaine. Qu'à cela ne tienne, tout comme
certains appareils récents ont un filtre numérique reproduisant un effet
tilt-shift, Pentax a ajouté au Q
un filtre à bokeh. L'intérêt de l'astuce dépendra de la qualité du
résultat, mais cette volonté de coller aux tendances de prises de vue actuelles
fleure bon le marketing bien épais.
Je ne résiste pas à l'envie de prouver qu'il est possible d'obtenir un beau bokeh (à mon goût) avec un compact, mais uniquement en macro pour pouvoir raccourcir suffisamment la profondeur de champ.
Pentax, Hoya, Ricoh et moi
Après avoir été racheté par Hoya en 2007, voilà
Pentax une nouvelle fois repris en 2011, par
Ricoh cette fois-ci.
Ricoh possède une gamme d'appareils photos atypique comprenant
une série de compacts à gros zooms, des appareils robustes pour les chantiers
(avec GPS, Bluetooth, Wifi...), quelques modèles de haute qualité (série
GR et GX) et un hybride bien barré, le
GXR,
qui est basé sur des ensembles optique/capteur interchangeables.
Ricoh GXR
Si les reflex Pentax ont le champ libre côté
Ricoh et que les gammes de compacts "basiques" doivent pouvoir
s'harmoniser sans trop de soucis, les Pentax Q et
Ricoh GXR qui sont partiellement en concurrence ont au moins
une certaine originalité, la même cible et un prix démesuré en commun.
On trouve dans le communiqué de presse
annonçant le rachat de Pentax les phrases suivantes :
Ricoh considère qu’il leur est indispensable de disposer de la technologie des appareils, petits, légers et à optiques interchangeables (...) dont dispose PENTAX
Ricoh envisage de (...) développer son business photographique (surtout dans le marché supposé grandir, des appareils à optiques interchangeables)
Cela peut laisser supposer que le Pentax Q a été un argument supplémentaire pour le rachat.
Ressources complémentaires
Macandphoto
Quelle taille de capteur pour l'hybride de Nikon ?
L'hybride idéal de Nikon serait-il plus petit ?
Pentax Q : le "vrai compact" à objectifs Interchangeables
Pentax Q : première
prise en main, premiers avis !
Previews
DPReview et Imaging Resource (en anglais), Focus Numérique (en français).
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