Les modèles Yahoo, Google et maintenant Skype reposent sur le principe de la gratuité, mais ils aboutissent à des capitalisations boursières dépassant celle des entreprises classiques du Dow Jones. Ils offrent pour la première fois dans l’histoire de l’industrie une plate-forme, une place publique d’échange, une agora pour les créations et les usages des pronétaires*. Les infocapitalistes n’offrent, eux, que des logiciels propriétaires, de la musique sous copyright, des textes attachés aux droits d’auteur, toutes choses valables pour la première phase de l’expansion industrielle mais moins adaptées à la civilisation du numérique. Ces infocapitalistes, vectorialistes, on l’a vu, forcent les usagers à passer par leurs vecteurs (protégés) de diffusion. Ils recourent au besoin à la création artificielle de rareté et réalisent leurs marges bénéficiaires sur des masses de produits et services standard.
*Les pronétaires sont selon Joël de Rosnay "une nouvelle classe d’usagers des réseaux numériques capables de produire, diffuser, vendre des contenus numériques non propriétaires, en s’appuyant sur les principes de la «nouvelle nouvelle économie». C’est-à-dire capables de créer des flux importants de visiteurs sur des sites, de permettre des accès gratuits, de faire payer à bas prix des services très personnalisés, de jouer sur les effets d’amplification..."
La Révolte du Pronétariat, par Joël de Rosnay, Fayard (2006), p 76, téléchargeable sur pronetariat.com
En lisant ce passage du livre j'ai pensé à Apple, qui malgré son aura de branchitude, semble bien appartenir à cette seconde catégorie d'entreprises, axée sur le matériel et enfermant ses clients dans son écosystème. Les logiciels Apple permettent d'exploiter le matériel (OS), de gérer les contenus multimédia (iTunes, Garageband...) et d'accéder (Safari) aux services innovants proposés par des tierces parties.
